Par Samuel Ndombi Toakumu, depuis Zongo
Zongo, 5 juin 2026 - À 15 km de Dongo, la réserve forestière de Camp N’Sele veille sur 8 km² de biodiversité. En ce 5 juin, elle incarne l’espoir du Sud-Ubangi face au dérèglement climatique et rappelle que préserver la forêt, c’est préserver l’avenir. À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, notre rédaction braque les projecteurs sur l’un des joyaux écologiques les plus méconnus de la RDC : la réserve forestière de Camp N’Sele, dans le territoire de Kungu, province du Sud-Ubangi.
Nichée aux abords de la rivière N’Sele, cette réserve de près de 800 hectares joue depuis des décennies le rôle de sanctuaire. Sous sa canopée dense se côtoient des essences forestières prisées comme le bois vert et l’hiroko, mais aussi une faune discrète et essentielle : hippopotames qui remontent les cours d’eau, troupes de singes, escargots géants, chenilles comestibles, oiseaux migrateurs et une multitude d’insectes pollinisateurs. Chaque espèce y tisse un maillon vital de l’équilibre écologique local.
Classée zone protégée, l’exploitation de Camp N’Sele est formellement interdite. Au-delà de sa fonction de refuge, elle sert de véritable laboratoire à ciel ouvert pour chercheurs, étudiants et tradipraticiens. Les eaux et forêts, la pharmacopée traditionnelle et les sciences du climat y trouvent un terrain d’observation unique pour comprendre la résilience des écosystèmes du bassin du Congo.
Car Camp N’Sele est plus qu’une forêt : c’est une alliée contre le changement climatique. Chaque jour, ses arbres captent des tonnes de CO₂, régulent les pluies, stabilisent les sols et rafraîchissent l’air. Intégrée au deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie, elle contribue directement à ralentir le réchauffement global et à protéger les communautés riveraines des sécheresses et inondations.
Pourtant, ce trésor reste fragile. Feux de brousse, coupe illégale de bois, braconnage et défrichement anarchique menacent son avenir. Pour inverser la tendance, experts et acteurs locaux recommandent 6 leviers d’action :
- Sensibiliser : Multiplier les campagnes dans les écoles et villages pour faire de chaque citoyen un gardien de la forêt ;
- Impliquer : Confier aux communautés locales la cogestion et la surveillance participative de la réserve ;
- Valoriser : Déployer des mécanismes de crédit carbone afin que la protection de la forêt se traduise en revenus concrets pour les populations ;
- Sécuriser : Intensifier la lutte contre les feux de brousse et le trafic de bois via des patrouilles mixtes ;
- Innover : Lancer des projets d’écotourisme durable et de recherche scientifique générateurs de revenus verts ;
- Protéger : Renforcer les moyens humains et logistiques des services des eaux et forêts pour une présence permanente sur le terrain.
En ce 5 juin, Camp N’Sele nous rappelle une vérité simple : la nature ne se protège pas toute seule. Sauver cette réserve, c’est garantir de l’eau propre, des sols fertiles, des médicaments traditionnels et un climat stable aux générations futures. La responsabilité est collective - autorités, communautés, partenaires - car l’avenir du Sud-Ubangi se joue dans l’ombre de ses arbres.


Exprimez-vous