Crédit carbone en RDC : Eldorado vert ou nouvelle escroquerie ? Le cas de Mai-Ndombe et du Nord-Ubangi inquiète

Rédaction
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Par la Rédaction, sur base d’une analyse de Jérémie Koyombo Wende, Économiste



Kinshasa, 23 juillet 2026 – La RDC dort sur une forêt de 155 millions d’hectares. Avec le marché du carbone, ce poumon du monde pourrait rapporter des milliards. Mais sur le terrain, à Mai-Ndombe et dans le Nord-Ubangi, la promesse tourne au cauchemar : contrats opaques, communautés spoliées et « crédits fantômes ».


1. C’est quoi un crédit carbone ? En théorie, l’idée est simple


Un crédit carbone = 1 tonne de CO2 évitée ou absorbée. Une entreprise qui pollue en Europe ou aux USA l’achète pour se dire « neutre en carbone ». L’argent doit financer la protection des forêts ici en RDC. Avec le bassin du Congo, 2e plus grande forêt tropicale au monde, la RDC a un « avantage comparatif » énorme. Via les programmes REDD+, le pays a déjà commencé à vendre des crédits sur les marchés internationaux.


2. La réalité du terrain : « On nous vend des illusions »


Sur papier c’est beau. Dans la pratique, les défenseurs de l’environnement et les communautés dénoncent un système truqué. Les 5 poisons du crédit carbone en RDC : - Les crédits « fantômes » : On certifie la protection de forêts qui n’étaient pas menacées. Le CO2 « évité » est gonflé ; - Le déplacement du problème : On interdit de couper dans une zone. Les gens vont déboiser 10 km plus loin ; - Le Greenwashing : Les multinationales continuent de polluer mais achètent des crédits pour se donner bonne conscience ; - Le pillage des revenus : Les intermédiaires et entreprises étrangères raflent 90% des profits. Les villages reçoivent des miettes ; - Le manque de contrôle : Marché non régulé, contrats sur 30 ans que les chefs coutumiers signent sans les comprendre.

« Le système des crédits carbone n’est pas en soi une arnaque, mais il peut être mal utilisé et vendre des illusions à la communauté locale au profit des entreprises étrangères », nuance l’économiste Jérémie Koyombo Wende.


3. Deux exemples qui font mal : Mai-Ndombe et Businga

Le cas Mai-Ndombe : le projet qui divise 

 

C’est le plus grand projet REDD+ de RDC, appuyé par la Banque mondiale et certifié par Verra. Objectif : protéger la forêt autour du lac Mai-Ndombe et vendre les crédits. Le bilan 8 ans après : La déforestation n’a pas baissé comme promis. Les calculs de CO2 sont contestés. Les communautés reçoivent très peu d’argent. La majorité passe par des ONG et intermédiaires. Question : Combien d’écoles, d’hôpitaux, de routes construits ? Nos recherches montrent 6% de réalisation.


Le cas Nord-Ubangi : Wildlife Works Carbon à Businga


300.000 hectares de forêt engagés. Potentiel : 1 million de tonnes de crédits. Mais l’alerte est rouge : Sensibilisation après signature : Les populations découvrent le projet une fois le contrat signé. Perte de contrôle des terres : Interdiction d’exploiter pendant 20 à 30 ans. Opacité totale : Qui touche quoi ? Personne ne sait. L’entreprise étrangère contrôle la vente, les chiffres et le marché. Dans le groupement de Kota-Koli à Mobayi-Mbongo, les habitants parlent déjà d’« exploitation moderne ».


4. Le scandale Verra plane sur la RDC


En 2023, une enquête du _Guardian_ a révélé que plus de 90% des crédits forestiers certifiés par Verra étaient inefficaces ou exagérés. Or c’est Verra qui certifie aussi les projets en RDC. Résultat : des entreprises s’affichent « neutres en carbone » pendant que les émissions réelles continuent.


Conclusion : Richesse ou nouvelle colonisation ?


Le crédit carbone peut être utile. Il peut financer la conservation et le développement. Mais sans transparence, sans consentement libre et éclairé des communautés, et sans contrôle de l’État, il devient une « grosse escroquerie ». Le Nord-Ubangi et Mai-Ndombe sont des « zones test ». Deux options : Soit ça devient une vraie richesse pour les Ngbaka, les Mongo et tous les Congolais. Soit ça devient la plus grande spoliation des terres du 21e siècle. Le temps presse. L’État congolais doit reprendre la main avant que nos forêts ne soient vendues à crédit.


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