Nord-Ubangi : État des lieux alarmant du système de santé, le ministre Célestin Deambi dresse un constat sans détour

Rédaction
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Par Rodrigue Kolaba Koto


Gbado-Lite, 17 septembre 2026 - L'état du secteur sanitaire a été au cœur d'une investigation menée par la rédaction centrale de Legon News. Lors d'une interview téléphonique exclusive, le ministre provincial de la Santé du Nord-Ubangi a répondu sans langue de bois aux questions touchant son secteur.


Nommé par arrêté du gouverneur, le Dr Célestin Deambi Baivola n'a pas attendu pour faire l'autopsie de son secteur. Dès le lendemain de sa prise de fonctions, il a convoqué l'organe technique et administratif de la santé du Nord-Ubangi en réunion de prise de contact afin de comprendre en profondeur les maux qui rongent son département.


Après cette étape, il a entamé une mission d'itinérance pour inspecter l'état des lieux du système de santé provincial. Objectifs : évaluer le fonctionnement des structures sanitaires, identifier les besoins prioritaires, analyser les ressources humaines disponibles, évaluer l'état des infrastructures et des équipements, et mesurer les performances des indicateurs sanitaires afin de dégager des priorités d'intervention. L'occasion faisant le larron, le ministre en a profité pour partager avec les acteurs de la santé du Nord-Ubangi la vision de travail telle qu'annoncée par le gouverneur de province. La province compte onze zones de santé, avec pour chacune un Hôpital Général de Référence, soit 11 HGR, plus un hôpital militaire à Kota-Koli et 192 centres de santé.

Pour lui, le constat est amer et sans détour : de nombreux bâtiments abritant les hôpitaux sont aujourd'hui dans un état de délabrement avancé. Certains pavillons sont même hors d'usage, car leur utilisation constitue un grave danger tant pour les prestataires que pour les malades, a martelé le Dr Célestin Deambi Baivola. « À Abuzi et Wapinda, deux des trois secteurs du territoire de Yakoma, et à Bosobolo, vous pouvez trouver tout un pavillon que l'on n'utilise plus, vu son état de dégradation très avancé », a-t-il illustré.


Au niveau des centres de santé, malgré un délabrement avancé, certains bâtiments tiennent encore et peuvent servir. Il suffirait de les repeindre et de les équiper pour qu'ils soient à nouveau opérationnels. Le projet ASSP, présent dans la province de 2012 à 2021, avait construit quelques centres de santé dont les bâtiments sont encore en bon état et ne nécessitent que de petits travaux de remise à niveau. Mais le problème est beaucoup plus grave au niveau des hôpitaux.


Il y a également le Programme de Développement Local à la Base de 145 Territoires (PDL-145T) qui a aussi construit des centres de santé. Malheureusement, ces travaux n'ont pas abouti. De nombreuses constructions sont inachevées, si bien que les activités se déroulent toujours dans de vieux bâtiments, ce qui pose de sérieux problèmes
Pour le Dr Célestin Deambi, il y a un besoin urgent de réhabiliter les hôpitaux du Nord-Ubangi, et d'autres nécessitent même d'être entièrement reconstruits. « Si vous prenez par exemple l'hôpital de Karawa, ses bâtiments ont été construits à l'époque coloniale et malgré les réhabilitations, ils ne répondent plus aux normes. En principe, on devrait envisager de reconstruire ces hôpitaux. À Bosobolo, la construction de l'hôpital n'a jamais été achevée. Ces cas sont légion. Aujourd'hui, il faut construire de nouveaux hôpitaux pour le Nord-Ubangi », a-t-il plaidé. Sur ce point, le ministre de la Santé confirme avoir échangé avec le gouverneur après son état des lieux et se dit confiant : de grandes annonces sont attendues pour les hôpitaux du Nord-Ubangi.


Au cours de cette mission, le patron de la santé et son équipe ont également analysé des questions liées à l'hygiène hospitalière et à l'accès à l'eau potable. Pour lui, c'est également un sérieux problème : dans les trois quarts des hôpitaux, les robinets sont à sec, ce qui augmenterait les risques de transmission des maladies. C'est une question qui nécessite une réponse urgente.


Les hôpitaux fonctionnent aujourd'hui sans électricité, selon plusieurs prestataires qui ont confié leur calvaire au ministre. Ils disent travailler dans des conditions difficiles, avec des interventions chirurgicales, notamment des césariennes, qui se déroulent la nuit avec un éclairage insuffisant faute d'électricité. « Il n'y a pas suffisamment de lumière, il faut se débrouiller avec des lampes torches. Nous avons trouvé le système de santé dans un état de délabrement très avancé », a-t-il rapporté.
En ce qui concerne les équipements, c'est la même photographie. Comme précisé, le projet ASSP a équipé les établissements de soins, mais le dernier équipement remonte à 2016 si l'on ne s'abuse. « Imaginez, depuis 2016 jusqu'à aujourd'hui, cela fait déjà 10 ans, alors qu'en principe beaucoup d'équipements hospitaliers doivent être renouvelés chaque année, d'autres tous les deux ou trois ans. Mais jusqu'à aujourd'hui, nos établissements n'ont pas eu l'occasion de renouveler leurs équipements. On a de sérieux problèmes de ce côté aussi », a-t-il déploré.


À cela s'ajoute le problème des médicaments. Avec le projet ASSP, la province avait adopté, conformément à la politique nationale de santé, la tarification forfaitaire. Elle consiste à fixer un prix pour les soins, avec un montant accessible à tous, l'idée étant que les établissements reçoivent des appuis en fournitures et en médicaments pour leur fonctionnement. Le projet suppléait aux besoins en approvisionnant les médicaments et en octroyant des frais de fonctionnement. Après le départ du projet, la province est restée dans la logique de la tarification forfaitaire, mais sans appui en termes d'approvisionnement en médicaments ou de frais de fonctionnement. Ce qui plonge les structures dans de sérieuses difficultés.


La Division Provinciale de la Santé a fixé une clé de répartition : 35% du montant payé par un patient doit être réservé à l'approvisionnement en médicaments. Or, si un patient paie par exemple 150.000 FC pour l'ensemble de ses soins, les 35%, soit 52.500 FC, sont largement inférieurs à la valeur réelle des médicaments utilisés. Au fur et à mesure, sans mécanisme de réapprovisionnement approprié, la structure s'épuise et finit par manquer de stock. C'est le cas dans notre province.

« Il y a nécessité d'obtenir au moins un appui pour renforcer le système, car connaissant la situation économique de notre population, il est difficile de demander aux gens de payer le coût total réel de leurs soins. Nous en avons discuté avec le gouverneur et il s'est engagé à faire des plaidoyers pour obtenir des soutiens pour le système de santé du Nord-Ubangi. Nous espérons que, Dieu aidant, nous obtiendrons un résultat qui nous satisfera tous », a conclu le ministre.


À l'issue de sa tournée dans les 11 zones de santé du Nord-Ubangi, le ministre provincial de la Santé, le Dr Célestin Deambi Baivola, dresse un tableau sombre : hôpitaux en ruine dont certains pavillons sont abandonnés à Yakoma et Bosobolo, centres de santé du PDL-145T inachevés, 75% des hôpitaux sans eau courante, des opérations chirurgicales réalisées à la lampe torche faute d'électricité, et des équipements non renouvelés depuis 2016. À cela s'ajoute une pénurie de médicaments aggravée par une tarification forfaitaire à 35% insuffisante. Le ministre annonce avoir saisi le gouverneur et espère des annonces fortes et des appuis urgents pour réhabiliter et reconstruire le système de santé provincial.

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